• Le mot du metteur en scène

    LA PUCE A L'OREILLE : LA TRAGEDIE EN DERAPAGE INCONTROLE<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    La lecture des pièces de Feydeau est une merveilleuse gymnastique pour l'esprit. Chez Feydeau, il faut avoir l'âme mathématique. Son théâtre nous décrit la folie humaine qui naît de conventions sociales et langagières contraignantes. Les grands personnages de Feydeau sont ceux qui portent en eux une propension importante au code des convenances, à la dissimulation, à l'hypocrisie. Alors qu'une simple explication pourrait dénouer un souci des plus anodins, par conformité à un code bourgeois, il vont s'enferrer dans le mensonge et déclencher des catastrophes en série. Dans La Puce à l'Oreille, la tragédie naît d'une simple omission, d'un manque de confiance réciproque dans la capacité d'écoute de son conjoint. Les mots se sont vidés de leur sens profond et l'on réfère s'en tenir à sa propre interprétation plutôt qu'à leur sens profond. Il en va de même pour l'identité : On croit être face à un individu parce qu'un autre personnage lui ressemble trait pour trait. Cette confrontation au mythe du sosie génère chez le spectateur le trouble, la confusion et la folie. Le mot de «tragédie» prend alors tout son sens. Car outre, les notions traditionnelles d'unité de temps, de lieu et d'action, le double crée méprise et incapacité de jugement. Si ce thème avait été confié à un Pirandello, il en aurait tiré d'étonnants effets de pathétique. Tous les personnages du dramaturge italien ne portent-ils pas en eux cette interrogation majeure du «qui suis-je ?». Mais il se trouve que Feydeau s'empare du thème et crée la surprise en construisant le tragique sur une innocente paire de bretelles. Le dérisoire éclate alors de façon éblouissante et ce qui aurait pu être un drame dérape dans une folie comique et burlesque. C'est pourquoi, il faut monter sérieusement Feydeau, très sérieusement... Ce n'est pas le personnage qui est drôle mais les situations rocambolesques dans lesquelles l'auteur le plonge. C'est pourquoi, il faut jouer ce théâtre sans aucune distance, avec un engagement total  du corps et de l'esprit. Toute distance est alors à proscrire. Comme les personnages de Feydeau sont pris dans des situations tellement  dramatiques, seul le mensonge le plus invraisemblable peut les sauver. C'est un jeu de miroirs où seul l'oubli de soi, la «prise d'inconscience», permet d'assumer ses mensonges au sein de l'illusion théâtrale. Et que faire alors, quand le dramaturge vous plonge dans le plus angoissant des mensonges, celui de la perte d'identité ? Il ne vous reste plus qu'à vous agiter et vous débattre, vous cogner aux parois comme des insectes sur lesquels une main diabolique aurait renversé un bocal. Feydeau est sans doute un théâtre des plus difficiles à jouer pour les acteurs, car outre un entraînement sportif et une vitalité épuisante, il demande l'oubli de toute forme de respect et de bienséance. Les situations s'emballent et pour s'en sortir le personnage devra marcher sur ce qu'il a de plus sacré, mentir ouvertement, nier l'évidence. Il faut beaucoup d'humilité et de sincérité.

                                                                 Jean-Christophe DUTREY, juillet 2007<o:p></o:p>


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